Ce 23 janvier 2026, Darren Watkins Jr., plus connu sous le nom d’IShowSpeed, pose ses valises à Cotonou après avoir franchi la barre des 50 millions d’abonnés sur YouTube lors de son anniversaire au Nigeria. À 21 ans, ce streamer américain aux réactions explosives est en train de réécrire la perception du continent africain auprès de millions de jeunes dans le monde. Sa tournée « Speed Does Africa », qui touche vingt pays en vingt-huit jours, atteint aujourd’hui le Bénin : un moment attendu avec ferveur par la jeunesse béninoise.
Des débuts modestes à Cincinnati à la superstar mondiale
Darren Jason Watkins Jr. naît le 21 janvier 2005 à Cincinnati, dans l’Ohio. Adolescent passionné de jeux vidéo, il lance sa chaîne YouTube en 2016 sous le pseudo IShowSpeed. Contrairement à ce que beaucoup pensent, « IShowSpeed » n’est pas un surnom pris au hasard. Littéralement traduisible par « Je montre de la vitesse » ou « Je démontre de la rapidité », ce pseudonyme trouve son origine dans ses premières amours : le gaming.
Sa chaîne YouTube connaît un boom durant le confinement de 2020. À l’époque, il est un joueur passionné de NBA 2K et Fortnite, la simulation de basket-ball. Son style de jeu ? Agressif, rapide, insaisissable et des réactions théâtrales. Il se baptise « IShowSpeed » pour prévenir ses adversaires : avec lui, tout va aller très vite. Une prophétie autoréalisatrice, car sa carrière va connaître l’une des ascensions les plus fulgurantes de l’histoire d’Internet.
Le tournant arrive en 2021. Des clips de ses crises de rage comiques, découpés et partagés sur TikTok par des fans, deviennent viraux. En avril 2021, il atteint 100 000 abonnés ; deux mois plus tard, il dépasse le million. Fin 2025, avant le début de sa tournée africaine, sa chaîne frôle les 40 millions d’abonnés. Le 21 janvier 2026, bloqué dans les embouteillages de Lagos, il franchit les 50 millions en direct – un record de croissance pour un créateur de son âge.
Banni à vie de Twitch fin 2021 après un incident lors d’un stream avec Adin Ross, puis exclu des jeux Riot en 2022 pour des propos sexistes, IShowSpeed transforme chaque controverse en carburant. Son style chaotique, fait d’aboiements, de backflips et de provocations, séduit une génération qui rejette le contenu trop policé.
La passion Ronaldo et l’extension vers la musique
Impossible de parler de Speed sans évoquer Cristiano Ronaldo. Ce qui a commencé comme une admiration est devenu l’arc narratif le plus puissant de YouTube ces trois dernières années. Son obsession pour la star portugaise, ponctuée par son célèbre cri de guerre « SUIIIII ! » et son numéro 7 a traversé les frontières.

Son « Siuuu » hurlé à tout bout de champ et ses tacles incessants contre les fans de Messi le propulsent dans la sphère footballistique mondiale. Cette obsession devient une marque de fabrique et lui ouvre les portes de communautés immenses, notamment en Afrique où le débat Ronaldo-Messi fait rage.
En parallèle, il se lance dans la musique. Son single « World Cup » (2022), signé chez Warner Records, cartonne pendant la Coupe du monde. Suivent « Shake » et « Ronaldo (Sewey) », des titres qui cumulent des centaines de millions d’écoutes. La musique n’est pas un à-côté : elle élargit son audience et renforce son statut de phénomène culturel transfrontalier.
« Speed Does Africa » : une tournée qui change le regard sur le continent
Annoncée fin 2025 et sponsorisée par Expedia, la tournée « Speed Does Africa » consiste à visiter 20 pays africains en vingt-huit jours (28 Jours), du 29 décembre 2025 au 26 janvier 2026. L’objectif affiché : montrer « la vraie Afrique », loin des clichés de pauvreté et de conflit véhiculés par certains médias occidentaux.

Le périple commence en Angola avec un mème viral dans le sable, passe par des safaris au Botswana, une rencontre avec le président kenyan William Ruto, un stream historique depuis l’intérieur de la Grande Pyramide de Gizeh, avant des moments plus tendus en Algérie. Partout, les foules sont immenses, l’énergie déborde, et les vues explosent : des pointes à plus de 10 millions de spectateurs simultanés.
« Je ne savais pas que ça ressemblait à ça » : Le choc américain
Au-delà de la performance physique, c’est l’impact sociologique sur l’audience de Speed qui fascine les observateurs. Son public est majoritairement composé de jeunes Américains (15-25 ans) dont la vision de l’Afrique est souvent façonnée par les clichés des médias traditionnels (famine, désert, pauvreté).
En filmant en direct, sans montage et en 4K, Speed brise ces mythes.
- La modernité révélée : Les commentaires du tchat défilent à toute allure : « Attends, ils ont des gratte-ciels comme à New York ? », « Les voitures sont plus luxueuses que la mienne », « Regardez la 4G, ça capte mieux qu’au Texas ».
- L’énergie vitale : Ce qui choque le plus les spectateurs occidentaux, c’est la joie, la musique (Afrobeats, Amapiano) et l’énergie créative qui se dégage de villes comme Lagos ou Cotonou, loin du misérabilisme habituel.
- L’hospitalité : Voir une star américaine être accueillie comme un chef d’État, sans barrière, change la perception de la sécurité sur le continent.
Le Bénin, prochaine étape décisive de la tournée
Après le sommet émotionnel du Nigeria le 21 janvier, 50 millions d’abonnés atteints en direct lors de son 21e anniversaire, IShowSpeed traverse la frontière pour arriver au Bénin ce 23 janvier 2026. Un live intitulé « IRL stream in Benin » est programmé dès 14H30 heure locale.

Pourquoi le Bénin revêt une importance particulière ? D’abord pour son héritage culturel unique : berceau du Vodun, le pays offre un terrain fertile aux contenus spectaculaires qu’affectionne Speed. Marché Dantokpa, nouveau marché Missebo, la Porte du Non-Retour à Ouidah, cérémonies traditionnelles, les possibilités sont nombreuses et chargées de symboles.
Ensuite, le contexte historique résonne. Le Bénin, ancien Dahomey, fut un centre majeur de la traite transatlantique. De plus en plus d’Afro-Américains, comme Russell Wilson et Ciara (désormais béninoise) récemment, y cherchent leurs racines ou demandent la citoyenneté. Speed, qui a déjà évoqué une possible ascendance angolaise après son passage à Luanda, s’inscrit dans cette vague de reconnexion.
Enfin, pour la jeunesse béninoise francophone, c’est une occasion unique. Après le chaos joyeux de Lagos, Cotonou promet une énergie différente : plus intime, mais tout aussi vibrante. Les réseaux sociaux locaux bruissent d’impatience depuis plusieurs jours, et l’on parle déjà d’une possible réception massive à l’aéroport ou dans les rues.
Un phénomène qui dépasse le divertissement
IShowSpeed divise. Certains y voient du « brain rot » : du contenu bruyant, superficiel. Pourtant, sa tournée africaine révèle autre chose. En diffusant des heures de live non filtré, il offre une fenêtre brute sur la vitalité du continent. Un adolescent américain qui regarde Speed manger du jollof à Lagos ou danser sur de l’afrobeats à Johannesburg absorbe, presque malgré lui, une image positive et contemporaine de l’Afrique.
Économiquement, l’effet est mesurable. Les créateurs locaux collaborant avec lui gagnent des centaines de milliers d’abonnés en une soirée. Les destinations facilitant sa venue – comme le Kenya avec la rencontre présidentielle – récoltent une publicité gratuite colossale. À l’inverse, les restrictions bureaucratiques, comme en Égypte, se traduisent par des critiques publiques.
Ce 23 janvier 2026, alors que le streamer s’apprête à allumer sa caméra à Cotonou, le Bénin a l’opportunité de briller à son tour. L’énergie chaotique d’IShowSpeed, son authenticité brute et sa capacité à fédérer des millions de jeunes pourraient marquer un tournant dans la visibilité du pays sur la scène numérique mondiale.





