Avec CEO Of The Day, MTN Bénin essaie de déplacer le 8 mars vers quelque chose de plus tangible. L’idée n’est pas seulement de célébrer les femmes pendant la Journée internationale des droits des femmes, mais de permettre à une jeune collaboratrice de vivre, pendant une journée, une immersion dans la fonction de direction générale. C’est ce qui rend l’initiative plus intéressante qu’une simple campagne de saison. Là où beaucoup d’opérations restent symboliques, CEO Of The Day repose sur une mise en situation. La participante sélectionnée ne se contente pas d’un titre honorifique : elle découvre les réflexes du management, la posture de représentation, les exigences de coordination et les réalités de la prise de décision.
Un symbole qui devient expérience
Le principal mérite de CEO Of The Day, c’est de sortir le leadership féminin du registre abstrait. Le sujet est souvent traité comme une ambition générale, presque automatique, alors qu’il se construit dans des expériences concrètes, dans l’exposition à la responsabilité et dans la capacité à se projeter dans un rôle.
C’est précisément là que le programme trouve sa force. En permettant à une jeune femme d’occuper symboliquement la place de DG pendant une journée, MTN Bénin crée une scène qui marque les esprits. On ne dit plus seulement qu’il faut encourager les femmes à viser des postes de direction. On leur montre, à elles comme au reste de l’écosystème, ce que cela représente réellement.
Cette logique rejoint d’ailleurs des discussions déjà ouvertes sur CritikMag autour de ce que le 8 mars n’est pas ou encore autour de la femme au cœur des débats IA et Technologies. Dans les deux cas, la même question revient : comment faire en sorte que la visibilité féminine ne reste pas seulement théorique, mais s’inscrive dans des expériences, des parcours et des espaces de décision réels.
Un levier qui parle au contexte béninois
Au Bénin, les discussions sur le leadership féminin ont gagné en visibilité, mais elles se heurtent encore à une réalité simple : on parle souvent de représentation, sans toujours montrer comment elle se fabrique. CEO Of The Day est intéressant parce qu’il agit sur cette faille. Il ne se contente pas de mettre une femme à l’honneur. Il la place, même brièvement, dans une posture où elle peut incarner l’autorité, la coordination et la vision.
Cette nuance compte. Parce qu’entre applaudir une idée et créer un cadre où elle devient visible, il y a une vraie différence. Voir une jeune professionnelle prendre part aux réunions, interagir avec des responsables, observer les arbitrages et porter temporairement une figure de direction, ce n’est pas anodin. Cela crée de la projection. Cela rend imaginable un futur professionnel qui paraît encore lointain pour beaucoup.
Et c’est justement ce qui donne du relief à l’initiative. Dans un environnement où les récits sur la réussite restent parfois enfermés dans des schémas anciens, ce type d’opération contribue à installer d’autres images. Pas des images idéalisées, mais des images crédibles, accessibles, compréhensibles, qui peuvent produire un effet durable dans les esprits.
Un mouvement qui dépasse MTN Bénin
L’autre intérêt du sujet, c’est qu’il ne reste plus limité à MTN Bénin. Le programme a visiblement trouvé un écho plus large dans l’écosystème, avec plusieurs entreprises qui reprennent le challenge et l’adaptent à leur propre réalité.
C’est ce qu’on voit notamment avec FedaPay, ISOCEL, CDC Bénin et d’autres structures qui ont communiqué autour de leur propre CEO Of The Day. On peut aussi citer BSM groupe parmi les entreprises qui prennent part à cette dynamique. Cette diversité est importante, parce qu’elle change la nature du sujet. On ne parle plus seulement d’une opération corporate portée par un grand acteur télécom. On parle d’un dispositif qui commence à circuler entre entreprises, institutions et structures de l’écosystème béninois.
Et c’est précisément là que le programme devient éditorialement fort. Lorsqu’une initiative de ce type est reprise par des organisations aux profils différents, elle ne raconte plus seulement une campagne. Elle raconte un mouvement d’époque. Elle dit quelque chose sur la manière dont les entreprises béninoises parlent désormais de leadership, de visibilité, de marque employeur et de valorisation des talents féminins.
Une idée efficace en communication et en RH
Il faut aussi le reconnaître sans détour : CEO Of The Day est une bonne idée de communication. Le programme a tout ce qu’il faut pour bien vivre sur les réseaux sociaux. Il produit des visuels forts, des récits faciles à partager, une progression claire et des séquences qui se racontent bien.
Mais ce qui sauve l’initiative de la coquille vide, c’est que la communication repose sur une expérience concrète. Le sujet n’est pas simplement “nous soutenons les femmes”. Le sujet devient : voici à quoi ressemble, dans la vie réelle d’une entreprise, une expérience d’immersion au cœur de la décision. À partir de là, la communication ne sonne plus comme une simple déclaration d’intention. Elle gagne en crédibilité.
C’est aussi pour cela que le format fonctionne du point de vue RH. Il permet aux entreprises d’identifier des profils, de les exposer, de les mettre en situation, de valoriser leur potentiel et, au passage, de raconter quelque chose de plus crédible sur leur culture interne. Pour les participantes, l’effet est tout aussi fort : elles ne reçoivent pas seulement un message d’encouragement, elles vivent une séquence qui peut compter dans leur trajectoire.
Dans cette perspective, CEO Of The Day peut aussi être lu en parallèle d’autres initiatives qui mettent en avant l’excellence féminine au Bénin, comme Le Bénin se rev’ELLES 2025 : l’excellence féminine à l’honneur. Là encore, l’enjeu dépasse la célébration. Il s’agit de rendre visibles des profils, des compétences et des modèles qui peuvent produire un effet d’entraînement.
Ce que CEO Of The Day raconte vraiment
Au fond, CEO Of The Day parle de pouvoir, mais d’une manière plus concrète que beaucoup d’initiatives comparables. Le programme ne prétend pas régler à lui seul la question du leadership féminin. Il ne remplace ni les politiques RH, ni les parcours longs, ni les enjeux structurels. En revanche, il crée une scène forte, facile à comprendre et difficile à oublier : celle d’une jeune femme placée, même temporairement, au centre de la décision.
C’est cette scène qui fait sa force symbolique. Elle transforme un mot comme “leadership” en expérience visible. Elle montre qu’une dirigeante ne se résume pas à une image figée, mais à une série d’interactions, d’arbitrages, de responsabilités et de prises de parole. Et à partir du moment où cette scène se répète dans plusieurs entreprises, elle commence à produire quelque chose de plus grand que l’opération elle-même.
Dans un pays comme le Bénin, ce n’est pas anecdotique. Cela participe à installer d’autres références. Cela contribue à banaliser, au bon sens du terme, l’idée qu’une femme peut être vue au cœur de la stratégie, de la décision et de la représentation de l’entreprise.
Au final, CEO Of The Day ne vaut pas seulement pour son effet de communication. L’initiative mérite l’attention parce qu’elle transforme, même brièvement, une idée abstraite en expérience visible. Et dans un paysage où les entreprises sont de plus en plus attendues sur leur capacité à faire plus que parler, cette différence pèse lourd.





